Les bronzes en Côte de l'Or - Collection de poids Akan

Après vente : Les bronzes en Côte de l'Or - Collection de poids Akan

Du 1 mars 16h00 au 14 mars 2019 14h00

"Les Akan dévoilent leur pesant d'or"

Les poids à peser la poudre d’or chez les Akan

Lorsque les premiers explorateurs portugais accostent en 1474 dans Golfe du Bénin, ils sont si impressionnés par la richesse en or des terres qu’ils nomment ces régions aurifères Côte de l’Or. Pour la pesée et le commerce de la poudre d’or, le territoire Akan[1], bien qu’organisé en différents royaumes indépendants, a donné jour depuis le XVIIème siècle à un même système organisé et constant de poids et monnaies. Fascinants, les poids en bronze ou en laiton obtenus par moulage à la cire perdue sont travaillés avec une grande finesse et possèdent des valeurs établies selon un système local. Différentes études[2]ont mis en lumière un dispositif d’autant plus complexe, qu’il a progressivement été adapté par les marchands aux systèmes étrangers, l’or étant acheté par les traitants européens à l’once portugaise. Ainsi, l’unité de base du système est constituée par une graine de légumineuse, le Poids rouge, pesant environ 0,14 grammes, multipliée selon des règles constantes pour correspondre aux monnaies locales et étrangères. 

Au demeurant, loin d’être utilisés pour le seul commerce, les poids à peser la poudre d’or ont également une haute importance dans la vie politique de la région (organisation des cérémonies, exercice de la justice, adoption des décrets, etc.). Plus intéressant encore, de nombreux poids figurent des éléments ou des scènes de la vie quotidienne, politique ou militaire des clans. Du fait de leur caractère symbolique, ils revêtent  une importante fonction sociale et rituelle dans la société Akan. En effet, les collections de poids et de figurines, que l’on appelle djaou sanaajouent un rôle de documentaire quant aux évènements historiques de la région et à l’histoire des familles. Les formes dégagées par les artistes doivent permettre à celui qui est initié de saisir des messages. Ainsi, les poids figuratifs appelés ahindra-yobwepermettent de relater et de transmettre de génération en génération les mythes, les légendes mais aussi les récits historiques liés à la vie des princes, des clans et à la religion[3]. Pendant plusieurs siècles, l’enfant qui avait atteint l’âge des responsabilités civiles se voyait donc confier son premier dja, le futwoet était considéré comme étant apte à démarrer des opérations commerciales. 

Les Akan considèrent en outre qu’il émane du djaun certain pouvoir magico-religieux[4]. A ce titre, les poids acquièrent le statut d’objets sacrés, liés au culte et des séances d’enseignement de leur langage sont dispensées lors des jours rituels. Ledja permet notamment de purifier l’âme des souverains et des chefs de clans lors des fêtes des ignames. Au seuil de la nouvelle année, célébrée par la procession des cérémonies d’Odjura, des tours du village sont effectués avec le djadu royaume afin de le débarrasser des esprits néfastes et de le purifier. La grande importance que les populations Akan attachent au djaest matérialisée par le nombre de symboles hautement sacrés présents sur les poids – pyramides, spirales, croix grecques et romaines, svastika ou croissants de lune – déifiés dans de nombreuses croyances religieuses. 

L’ensemble que nous présentons provient de l’ancienne collection de Monsieur Olivier Richet, constituée par ce dernier entre les années 1950 et 1980. Celle-ci a fait l’objet d’une étude et d’un inventaire établi le 6 octobre 1981 par Mme Eid, documentaliste au Musée des arts africains et océaniens de la Porte Dorée, à la demande de Monsieur C. Noll, conservateur de la section des arts africains. Dans les échanges entre le Ministère de la culture et Monsieur Noll, le caractère remarquable de ces productions est évoqué ainsi que le désir du musée d’enrichir ses collections de quelques pièces (une photocopie de l’inventaire et de la correspondance sera remise aux acquéreurs). Cette requête fut d’ailleurs satisfaite par la donation d’une centaine d’éléments au Musée du Quai Branly en 2018.

Le présent ensemble témoigne de la maîtrise et de la finesse des sculpteurs de la civilisation Akan. 
Majoritairement constitué chez les Ashanti du Ghana, peuple conquérant et puissant, cet échantillon représentatif de la diversité des éléments du dja présente quelques animaux, regalia, ancêtres conquérants, masques de la paix ou encore sièges symbolisant l’Etat et le pouvoir temporel. Poids géométriques et symboliques, poids figuratifs et figurines sacrées s’offrent à notre regard avec toute leur complexité, chargés de la part d’histoire qu’ils sont destinés à transmettre. 

[1]Le territoire d’Afrique de l’Ouest compris entre la Volta et le Bandama, territoire Akan, forme un vaste ensemble linguistique cohérent au sein duquel la population parle le tchiou twi
[2]Sur ce point voir notamment, Lahaderne, Jean-Jacques. Deneraux Akan, Poids monétaires du XVe au XIXe siècle dans l’Afrique de l’Ouest, Arts d’Afrique Noire, France, 1981. [3]Niangoran-Bouah, Georges. “Symboles Institutionnels Chez Les Akan.” L'Homme, vol. 13, no. 1/2, 1973, pp. 207–232.
 

 

[4]Ibid. 

Texte : Lucile Girardi

Exposition sur demande au 17 rue de la Grange Batelière à partir du 11 mars 

Expert : Serge Reynes

Contact : Célia Lecocq // c.lecocq@artprecium.com

Frais : 25 % HT

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